Il faut aimer les créatifs

On n’a pas le même maillot mais on a la même passion

Le meilleur blog publicitaire en activité actuellement, c’est Drave Trott, directeur de création de grandes agences de publicité anglaises et essayiste prolixe de la profession.

 

Réputé pour la qualité de son écriture sans ambages, ses articles sont intéressants à lire, enrichissants et bien tournés. Ses deux derniers posts font pourtant exception : leur conclusion est inhabituellement pessimiste, voire ombrageuse. Le premier Data is a burning issue ironise sur les méfaits de la data dans la société, le second remember creative directors moque les agences se réorganisant autour de nouvelles expertises, prétextant un abaissement du rôle du directeur de création, autrefois autorité incontestée du process agence.

 

Pourtant, je trouve ces deux articles soulageants.

 

Ils font sortir du placard un tabou épais en agence : les temps changent. Les moyens diminuent, la profitabilité aussi, de nouveaux concurrents viennent marcher sur les plate-bandes, les achats font la pluie et le beau temps sur les idées. Pour rester dans le coup, les agences vont chasser sur de nouvelles terres, peuplées d’une faune exotique : on les appelle les « personnes rationnelles » .

 

Ces drôles d’oiseaux, dans le métier depuis à peine 10 ans, sont déjà en train de ré-écrire les règles d’une activité – qu’on n’ose pas appeler « discipline » – du sol au plafond. Il faut désormais séduire les clients, rendre des comptes, être comparés. Non mais c’est quoi ces conneries ?

 

C’est qui ces types obsédés par la performance, la data, la mesure, la clusterisation, l’algorithmie et l’intelligence artificielle ? Ces qui ces crânes d’œuf qui ont transformé les copains en « consultants » ? Non mais remboursez nos invitations quoi, on n’était pas venu pour faire comptables !

 

Et ces blanc-becs de nous expliquer qu’une marque ne devrait réfléchir qu’à ce qu’elle est alors qu’on sait bien qu’une marque ne doit réfléchir qu’à ce qu’elle voudrait être : “on construit des totems nous, pas des taux de conversion ! ”.

 

Bref, ces emmerdeurs empêchent les créatifs de bosser et c’est le moment de sortir du bois.

 

Avec ou sans techno, il faudra toujours des marques. Et toujours du talent.

 

Unissons-nous.

[…]

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants (digitaux).

 

 

Jean Allary*

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